Société

Burkina:Zones non loties :” Ce n’est qu’à l’approche des élections qu’ils viennent nous flatter pour avoir nos voix et après ils disparaissent” (habitante)

A l’occasion de la journée internationale de l’habitat commémorée le 05 octobre, radio Omega a choisi de prendre le pouls des quartiers non viabilisés de Ouagadougou communément appelés zones non loties. Zoom.

Quartier non loti de Nagrin, à la sortie sud-ouest de Ouagadougou. Les voies entre les cours sont tellement étroites qu’il est impossible d’accéder à l’intérieur du quartier en véhicule. Pour y arriver, il faut se faufiler à pied ou sur deux roues. Assis sur un banc, devant une petite boutique pleine à craquer de marchandises, Abdoul Aziz Sankara est inconsolable. «Devant vous-même, vous allez voir qu’il y a une maison qui est tombée et ça a failli tuer un enfant ici. On n’a pas de voies pour atteindre la route bitumée qui est tout près. Il n’y a pas de caniveaux pour que l’eau passe » s’est indigné Abdoul Aziz nous indiquant des ruines.

Autre quartier, même réalité. Bassimon Toèga après Nagrin. Des voies pleines de boue, impraticables, des maisons écroulées par ci, par-là notamment en cette saison hivernale. Impossible également de passer à certains endroits avec le véhicule de reportage. Conséquence, il faut poursuivre le chemin à pied. Après 10 minutes de marche dans le quartier, nous rencontrons Alizèta Nikiema. Cette mère de 4 enfants pousse une barrique d’eau pour rejoindre son domicile. Après lui avoir prêté main forte, elle décide de nous conter le calvaire que vit sa famille. « Franchement nous qui sommes ici là nous souffrons trop. Les routes sont impraticables. Il y a manque de logements. Nous souffrons réellement. Là où nous logeons même c’est une maison chambre salon. Nous sommes six qui dormons dans la maison. Un enfant de 16 ans qui dort toujours avec ses parents, c’est vraiment déplorable.»

Autant ces habitants ont les mêmes problèmes de lotissement, autant ils sont solidaires en témoigne l’aide de Mahamoudou Sankara qui est maçon de profession. Mahamoudou habite le quartier depuis 18 ans et tente tant bien que mal de venir en aide à ses voisins. « Même chez moi il y a une cour qui s’est écroulée mais il n’y a pas eu de dégâts. Pas très loin d’ici, il y a une autre maison qui s’est écroulée sur un enfant qui est décédé. Franchement je ne peux compter le nombre de maison que j’ai eu à reconstruire. Il n’y a pas longtemps j’ai reconstruit la maison d’une vieille du quartier » a-t-il déclaré.

Des conditions de vie difficiles qui amènent certains à se sentir instrumentalisés par les politiques. « Ils ne s’intéressent jamais à nos lotissements. Ce n’est qu’a l’approche des élections qu’ils viennent nous flatter pour avoir nos voies et après ils disparaissent » s’acharne Bibata Tapsoba. Bien qu’elle accuse les politiques de leur indifférence aux problèmes de lotissements, Seni Compaoré lui plutôt s’en prend à certains habitants qui se jouent les plus malins. « Je suis né et j’ai grandi ici à Pogyamsé yaar. Notre prière est que dieu nous aide à avoir des parcelles. Il y a d’autres aussi qui ont obtenu des parcelles, qu’ils ont vendues et ils reviennent vivre ici. Dans ce cas, les dirigeants aussi ne peuvent pas savoir qui a déjà eu et a revendu et qui n’a pas encore eu. »

En plus de ceux qui revendent leurs parcelles, il y a aussi ceux qui s’installent de force surtout dans les endroits inondables, nous confie André Nikiéma. Des voies d’accès et des parcelles, tel est le cri de cœur de ces habitants de non lotis.

Marina Traoré

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