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Pluie de grèves au Burkina : quand changement climatique rime avec changement politique(les billets de Hyacinthe Sanou)

Il ne manque plus que le gouvernement lui même aille en grève contre les grèves successives qui semblent avoir connu une recrudescence ces derniers jours! L’idée paraît drôle sinon iconoclaste mais résume parfaitement la situation actuelle. En effet, quel secteur d’activité n’a pas fait, ne fait pas ou ne projette pas de faire un mouvement d’humeur? Juste un petit tour de rappel des récents mouvements d’humeur.

– Justice? En cours. Commencé depuis plus d’un mois par les avocats, il semble tirer vers sa fin car les greffiers, un des maillons dont le mouvement paralysait l’appareil judiciaire, ont annoncé leur reprise de service en attendant que les gardes de sécurité pénitentiaire mettent fin à une grève qu’ils ne font pas.

– Postes? En cours. Le moins que l’on puisse est dire que l’adoption du nouveau statut n’y est pas passée comme une lettre à la poste. À peine après avoir changé d’entête, le personnel de la Poste Burkina Faso veut changer désormais de tête.

– Santé ? Vient de débuter sans service minimum. On en est encore à la bataille de com entre syndicats et ministère de la Santé autour de l’impact du suivi du mot d’ordre sur les services de santé. Mais dans ce jeu, plusieurs citoyens malades pourront payer cher y compris au prix de leur vie.

– Éducation ? À peine levé. On attend les résultats des calculs des notes du statut valorisant.

– Péages ? Annoncé. On en reparlera donc.
– Vous avez dit chauffeurs routiers?? Non ils sont juste garés, attendant le bourgmestre de la capitale. C’est faute de parking, disent-ils, qu’ils obstruent les sorties de ville. Leur entrevue avec le maire s’est finalement soldée par un échec, apprend-on. Rien de bien étonnant car eux comme une poignée de syndicats privilégiés ne discutent qu’avec le président du Faso himself lorsqu’ils sont fâchés.

Arrêtons-nous là car la liste ne saurait être exhaustive tellement le phénomène touche presque tous les corps. La preuve, les journalistes ne sont pas loin d’entrer dans la danse puisque nos confrères des médias publics n’excluent pas d’embrayer sur un débrayage pour se faire entendre à propos entre autres du passage aux sociétés d’Etat. Des rumeurs avaient fait grand bruit autour d’une contagion de la grande muette avant d’être vite tues par un démenti de la hiérarchie militaire.

Oui tout le Faso ou presque est en grève.

À qui la faute?

Certes en premier lieu au gouvernement. Si l’on considère que le Burkina est une famille ; les Burkinabè, les enfants de cette famille ; et le gouvernement, le chef de famille. Eh bien on peut dire sans ambages que ce chef de famille est loin d’être impartial. Les frustrations des enfants ne font qu’être exacerbées par les disparités de traitements des revendications jusque même dans la diligence.

Mais, en fait, on est bien dans une famille de cachotiers où l’on se fait des bébés dans le dos que l’on ne découvre que lorsqu’une partie refuse de laver le linge sale en famille. A tel point que les syndicats pardon les aînés des enfants sont les premiers à faire du mouta mouta sur les points d’accord obtenus avec le chef de famille de gouvernement.

À titre d’exemple, contrairement à ce que le ministre des Finances a servi à l’opinion nationale sur le souci de régler la dette des agents des Finances sur 3 ans, le décret fait cas d’un traitement permanent qui peut être “revu à la hausse” chaque 3 ans. Mais, évidemment, on n’en saura plus qu’au prochain problème de réseau.

Résultats, presque toujours, quelques mois après avoir signé un accord dont le public ne sait pas grand chose, on ressort pour réclamer le respect effectif des termes dudit accord.
Ce n’est d’ailleurs pas une surprise que la rencontre gouvernement-syndicats après deux ans d’arrêt bloque au stade des préalables sur l’IUTS.

Une roue de grèves, sit-in, mouvements d’humeur, problèmes de réseau qui semble désormais tourner sans fin sur la terre des hommes intègres. Et cette saison de pluie de grèves ne fait que commencer apparemment. À croire que changement climatique rime avec changement politique puisque le récent remaniement ne semble avoir eu aucun effet apaisant sur la fronde sociale.

Au point de faire dire à certains que nous sommes comme dans un « pays en insurrection permanente » ou encore dans un « État en laisse-guidon « .

Minute, dans quel pays dit-on déjà que : qui prend le coq pour guide aura un poulailler pour refuge?? Bon, cherchez vous-même car ma plume va en grève. Sans préavis. Et sans service minimum.

Hyacinthe Sanou

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