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Modification Code pénal: Monsieur le porte-parole du gouvernement, allez-leur dire de ne pas se tromper d’adversaire!

Les billets de Hyacinthe Sanou

Encore heureux que la loi ne soit pas rétroactive et que ce billet ne soit pas frappé par les dispositions du projet de loi portant modification de la loi n.025-2018/AN du 31 mai 2018 portant code pénal qui doit être soumis à l’Assemblée nationale. Pourquoi alors un tel projet de loi liberticide pour la Presse leur est-il soumis? La question elle-même me terrorise.
De quoi parle-t-il ? Monsieur le Ministre de la Communication et des Relations avec le parlement, porte-parole du gouvernement, vous, vous savez bien de quoi je parle !

C’est justement parce que je sais que vous savez que je m’adresse à vous pour vous demander de porter le cri de coeur d’un jeune « confrère ». Je parle précisément de ces deux nouveaux articles dans le projet de loi de modification du Code pénal :
article 721-14 (si adopté)

«Est puni d’un emprisonnement de un an à cinq ans et d’une amende de 1 000 000 à 10 000 000 FCFA quiconque capte, enregistre, fabrique, publie, relaie une information, sans autorisation, par quelque moyen de communication que ce soit et quel qu’en soit le support des images ou sons d’une scène de crime ou de délit. »
article 721-15 (si adopté)

«Est puni d’un emprisonnement de un an à cinq ans et d’une amende de 1 000 000 à 10 000 000 FCFA, quiconque capte, enregistre, fabrique, publie, relaie sans autorisation, par quelque moyen de communication que ce soit et quel qu’en soit le support, des images ou sons relatifs à la destruction des équipements ou installations militaires ou de sécurité à la suite d’actes de terrorisme ».

On aurait voulu museler la presse qu’on aurait pas fait mieux.
Monsieur le porte-parole du gouvernement, allez leur dire de ne pas se tromper d’adversaires dans la lutte contre le terrorisme.
Allez-leur dire que certes, il ne fait aucun doute qu’une prise de conscience est impérative à cette étape de la lutte contre le terrorisme au Burkina. La guerre de la communication étant désormais celle qui fait le plus rage. Mais les journalistes ne sont pas des terroristes.

Non, non et non ! Et entendons-nous bien, «journalistes-classiques» comme journalistes-citoyens, nul n’est au-dessus de la loi. Code de l’information, Code pénal (dans ses dispositions actuelles) et autres convocations par le Conseil supérieur de la communication (CSC) et invitations de l’Observatoire Burkinabè des Médias (OBM) existent pour le rappeler à ceux qui seraient tenté de l’oublier.

Allez leur dire que nous allons régresser dans le classement mondial sur la liberté de la presse, car d’ores et déjà la crainte de l’apologie du terrorisme bride déjà presque toutes les rédactions et la pression politique ainsi que la sensibilité de l’opinion sont exacerbées autour de la question de lutte contre le terrorisme au point que les organisations professionnelles de médias, tous supports confondus, sont restées aphones devant ce projet de loi. Seul un organisme international comme Amnesty a eu le courage de tirer la sonnette d’alarme indiquant que la lutte contre le terrorisme ne doit pas être un prétexte pour réprimer la liberté d’expression et d’information au Burkina Faso.

«Ces dispositions sont de nature à porter gravement atteinte au droit à l’information et à la liberté d’expression. Elles ouvrent la porte à toute sorte d’abus pouvant conduire à la mise hors de portée du public de toute opération des forces de sécurité considérée comme sensible, » a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional adjoint d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Allez leur dire qu’au fond le problème ce ne sont pas les journalistes. La preuve, les premières images de l’attaque de Nassoumbou de même que celles de l’arrivée de blindés pour l’armée burkinabè ne sont pas du fait d’un journaliste. Et dans cette guerre, les médias sont plus que jamais une arme pour la démocratie.

En se trompant de maladie, on ne peut que se tromper de remède…
Allez le leur dire!

Hyacinthe Sanou

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