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Macron et les présidents du G5 Sahel : Les « kôrôs », on attend vos « Gbê » maintenant

Un pied dedans, un pied dehors, c’est dehors! A-t-on coutume de dire sous nos contrées. Depuis la montée du sentiment anti-impérialiste en général et anti-français en particulier au Burkina, au Mali, en Mauritanie, au Niger, et au Tchad, force est de reconnaître que les chefs d’Etat du G5 Sahel qui ont personnellement chacun fait appel à la France pour épauler leurs armées sous les assauts djihadistes, n’ont jamais véritablement dit franchement merci à la France ou même reconnu publiquement l’importance de la présence militaire française.
Seul Ibrahim Boubacar Keita avait osé mettre le pied dans le plat après le décès de 13 soldats français sur son sol : « Nous n’avons aucune raison de nous glorifier d’avoir tendu la main à ceux qui en avaient besoin hier mais nous n’avons non plus aucune raison de mordre la main de ceux qui nous tendent les leurs aujourd’hui ».
À Ouagadougou, Niamey comme à Bamako, la plupart des forces d’élites sont formées, équipées et encadrées par la France et ses partenaires européens. Quelques fois par les États-Unis. Rien que cette semaine, on a vu à l’œuvre à Toeni de soldats formés par l’Union européenne, la France en tête. Ces forces étrangères ont pris part à de multiples opérations sur le sol burkinabè, comme la sécurisation de Djibo il y a quelques mois. Il y a eu aussi la cellule terroriste démantelée à Rayongo grâce à la collaboration avec la France.
Mais après chaque effort, chaque victoire, nos autorités n’ont jamais dit “merci pour hier”. En tout cas pas publiquement. Pire, certains ont préféré le populisme, insinuant toute sorte de complot impérialiste. Et les réseaux sociaux avec leur lot de fake news n’ont fait que pourrir le climat pour la France. Un jour c’est Barkhane qui arme les terroristes, un autre, c’est Barkhane qui a bombardé une base de l’armée nigérienne à Diffa au profit de Boko Haram. Des infos aussi fausses les unes que les autres, mais largement partagées au sein d’une population qui a longtemps donné pour vrai n’importe quelle rumeur anti impérialiste.
Excédé certainement par ce double jeu complice face aux voix anti-françaises qui s’élèvent de plus en plus dans leur pays, le président français a convié 5 pairs à venir clarifier leur position.
Ainsi le 16 décembre prochain, on saura qui est qui. Oui, Pau sera le rendez-vous de la vérité ou des gbê (vérités en argot tiré du dioula).

Mais l’exercice est périlleux: la plupart des armées de ces pays devront, si Paris se retire, se montrer capables seules de faire face aux incursions djihadistes. Et les 5 chefs d’Etat le savent. Entre une opinion publique coupée souvent des réalités du terrain de la guerre et les présidents contraints d’appeler régulièrement Barkhane au secours, il y a un grand fossé. Les opinions nationales s’attendent à ce qu’ils disent non à Pau.
Inutile pour les présidents du G5 Sahel de verser dans le langage diplomatiquement correct. Ils n’ont qu’à dire à leur pair gaulois: « casses-toi, néo-colon !  » pour lui signifier qu’il est temps de plier bagages du Sahel.

Et parmi les 5 « Kôrôs », ou grand-frères en Dioula comme le dirait le chanteur malien Salif Keita, qui vont répondre à l’appel de Macron, nos regards sont focalisés depuis le Burkina sur Roch Kaboré. En plus de son affinité apparente avec son homologue français, il est également présenté par ses inconditionnels parfois même à l’aide des fakes news comme étant celui qui dit la vérité à la France. Mais avant de dire ses gbê, Roch devra d’abord pensé à la réalité sur le terrain. En attendant, tous ses efforts pour que la Russie, la Chine ou les États-Unis soient plus présents sur le terrain n’ont presque rien donné. Aucun de ces pays ne veut visiblement s’engager davantage que Paris.
Une dernière préoccupation pour le Président en exercice du G5 Sahel avant d’aller dire ses gbê: le Sahel, laissé à lui-même, peut-il tenir debout? Ici, se taper la poitrine n’est pas une réponse valable.

Les Billets de Hyacinthe Sanou

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