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Les billets de Hyacinthe Sanou Ce Fonds qui n’est pas si Commun

Et si on profitait de la trêve pour se parler en prélude à l’ouverture de la conférence sur la mise à plat des salaires et des systèmes de rémunération mardi. Puisque, comme on le dit, c’est notre fonds commun, peut-être nous pourrions en parler, un peu, sans se faire détester. Car il y a longtemps que tous les côtés – gouvernement et syndicats – nous font boire l’eau par les narines. Des milliards du contribuable sont pris en otage par une minorité, avec la caution du gouvernement qui pourrait bien mettre de l’ordre. Et il est temps que les ministres qui reçoivent le Fonds Commun soient retirés purement et simplement de la liste des bénéficiaires et que le montant de ce fonds soit ramené à des proportions acceptables dans ce petit pays pauvre très endetté.

 

Signe que l’affaire-là n’a jamais été claire, personne n’a eu le courage, jusque-là, de nous dire le montant officiel détaillé des sommes en jeu.  Mais il n’y a pas très longtemps, devant l’Assemblée nationale, la grande argentière évoquait la somme faramineuse de 55 milliards par an. Ce qui équivaut en 2017, à l’aide de la coopération allemande, danoise et taïwanaise combinées. On se demande comment l’Etat peut regarder, les yeux dans les yeux, les étudiants de Zogona et leur expliquer pourquoi il distribue le double du budget du ministère de la Jeunesse  à une fraction de ses employés, pas forcément les plus méritants. Un Etat qui, depuis les indépendances, fait le “Allah Garibou” autour du monde, pour boucler son budget annuel.

 

Et avant de nous servir l’argument de la motivation des agents, il faut savoir que cet argument est devenu farfelu depuis le jour où ce Fonds Commun a dépassé 3 à 4 fois le salaire annuel. Il y a problème d’équité quand, au service des passeports à Gounghin, c’est l’agent détaché du trésor qui ne sait pas comment on établit un passport, qui a droit, lui seul, au Fonds Commun. Un exemple parmi mille autres.

 

On peut développer tous les arguments qu’on veut mais cette  façon de motiver les fonctionnaires de l’Etat n’est pas tenable: tous travaillent, mais seuls les uns sont motivés.

Peut-être que les réformes annoncées sont tant décriées  parce qu’elles pourraient permettre de faire mieux avec peu.

 

Actuellement pour postuler au visa des États-Unis, il faut aller verser les frais dans le compte de l’ambassade dans une banque privée à Ouagadougou.  Avec les réformes, on pourrait faire autant, payer nos impôts à la Caisse populaire, ou pourquoi pas verser les frais de passport dans le compte du Trésor à Coris Bank et aller présenter le reçu de versement à Gounghin. On pourrait même le faire par OrangeMoney. Ca nous ferait des postes onéreux de Fonds Commun en moins. Pas parce qu’on aimerait pas voir nos concitoyens mieux payés, mais parce qu’on pourrait être cohérents avec nous-même.

 

Avant de nous taxer de tous les noms d’oiseaux, une dernière faveur: rappelez-nous encore pourquoi on doit continuer de verser des dizaines de millions en Fonds Commun à la ministre des Finances ou au caissier de l’ambassade du Burkina à Copenhague et pas à l’enseignant de Koutougou?

 

Hyacinthe Sanou

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