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Burkina : A quand le Conseil des ministres délocalisé à Djibo et le hashtag JesuisSahel ?

Une image vaut mille mots, dit-on. Celle du gouvernement burkinabè drapé aux couleurs du programme national de lutte contre le paludisme, Roch Kaboré et Paul Kaba Thieba en tête, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le paludisme le 25 avril, est vraiment belle et ô combien symbolique. La détermination est perceptible et elle est traduite dans ces mots du « commandant en chef de la lutte contre le paludisme » : «Nous devons être cette génération qui contribue à la fin du paludisme dans notre pays et dans le monde de façon générale».

En termes de nuisance, le paludisme a désormais un sérieux concurrent au Burkina : le terrorisme. Dans ce cas-ci, les moustiques sont appelés des «terroristes» ou des «individus armés non identifiés» et leurs piqures: des «attaques» ou des «irruptions». Cependant, le bilan est tout aussi macabre.

L’heure est si grave qu’on se demande s’il ne faut pas un programme d’urgence pour le programme d’urgence pour le Sahel du Burkina Faso (PUS-BF) enclenché par le gouvernement Paul Kaba Thieba en août 2017.

455, 34 milliards de FCFA ! C’est le montant des investissements dans les domaines de la sécurité, du secteur privé, de l’éducation, de la santé et l’approvisionnement en eau potable qui doivent être réalisés entre 2017 et 2020. A long terme, ce programme semble en effet la panacée pour réconcilier les administrés sahéliens et l’Etat burkinabè. C’est bien connu, le terrorisme ne se combat pas que par les armes. C’est la raison pour laquelle il est temps de passer du diesel au kérosène car en face, les terroristes sont passés à la vitesse supérieure avec une méthodologie qui démontre d’un plan de déstabilisation diaboliquement ficelé. Dans cette guerre asymétrique, l’ennemi a l’art de changer de fusil d’épaule et de cible augmentant chaque jour un peu plus le mercure de la terreur.

Tout symbole de pouvoir public est menacé et/ou attaqué : enseignants, écoles, personnel de santé, élus locaux, militaires, … et comme s’ils mettaient en place un bouclier anti-PUS, ce sont les secteurs clés dudit programme qui sont ciblés par les terroristes dans leurs actions.

C’est la raison pour laquelle si l’on y prend garde, les efforts consentis seront vains car :

– Que vaut un renforcement de la sécurité si les premières victimes sont les agents eux-mêmes (après l’attaque de Nassoumbou en décembre 2016 qui a fait 12 soldats tués, les embuscades à l’arme lourde et aux engins explosifs sont devenues quasi quotidiens multipliant les victimes) ?

– Que vaut un appui au secteur privé quand leurs intérêts sont pris en otage (l’enlèvement d’un agent de sécurité de la mine de Tambao en avril 2015 est l’une des premières exactions terroristes dans le Sahel)?

– Que valent des infrastructures d’éducation si les enseignants ont désertés les classes et que les élèves sont dans la nature (Après maintes menaces contre des enseignants et des écoles, les «individus armés non identifiés ont assassiné l’un d’entre eux et contraint plusieurs centaines à quitter la zone) ?

– Que valent des infrastructures de santé sans personnel de santé (l’un des médecins les plus célèbres de la région, le Dr Ken Elliott est toujours en captivité) ?

Vous pensez qu’ils ont oublié d’essayer de tarir l’approvisionnement en eau potable ? A quoi servent les enlèvements brefs de personnel et de véhicules de la direction régionale de l’eau du Sahel selon vous, si ce n’est à «terroriser» ceux qui sont chargés de la mise en œuvre.

Aujourd’hui, au Sahel, être représentant de l’Etat peut signer votre arrêt de mort en témoigne la série d’assassinats d’élus et responsables locaux dont le dernier en date est celui du maire de Koutoubou. Idem si vous collaborez ou êtes soupçonnés de collaborer avec les Forces de défense et de sécurité (FDS) présentes. Cette peur d’être tué si l’on contribue au renseignement se dispute la place dans le cœur des Sahéliens avec la frustration et l’indignation face aux exactions et autres bavures de nos forces sur le terrain. Le tout baignant dans un sentiment d’abandon général conforté par les départs ou replis stratégiques dont le dernier en date est celui du tribunal de Djibo.

Que faire de plus ?

Pourquoi pas déjà à l’image du conseil des ministres aux couleurs de la lutte contre le paludisme, en tenir un délocalisé à Djibo ? Démagogique voire saugrenu, pensez-vous ? Soit mais il s’agit par-là de matérialiser le fait que le lien n’est pas rompu entre cette partie du Burkina et «l’Etat central» et au-delà d’une telle action ponctuelle, il faut réaffirmer la présence de l’Etat burkinabè dans le Sahel. Ce ne sont pas les missions sporadiques de représentants du chef de l’Etat qui y parviendront. Le renforcement du maillage sécuritaire doit être de taille.

On le sait bien, le risque zéro n’existe pas en la matière même si vous êtes «bunkerisés» à l’état-major général des armées, mais il s’agit d’avoir un dispositif sur le terrain à même de faire en sorte que les ratissages portent désormais fruit à travers la «neutralisation» des individus armés non identifiés qui tenteraient de se fondre dans la nature.

Mais l’action pour le Sahel burkinabè ne doit pas venir des seules structures étatiques.

Il faut également un renfort en termes d’initiatives citoyennes. Il est d’ailleurs étonnant qu’on n’ait pas vu un hashtag #JesuisSahel prospérer sur les réseaux sociaux ou des marches d’envergure organisées afin d’attirer l’attention sur l’urgence à agir dans cette frange du territoire burkinabè et en même temps traduire notre solidarité avec nos frères et sœurs sahéliens en général.

En un mot comme en mille pour paraphraser le chef suprême des armées du Burkina : «Nous devons être cette génération qui contribue à la fin du terrorisme dans notre pays et dans le monde de façon générale».

Hyacinthe Sanou

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