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L’excision, des risques multiples et aucun avantage

Journée internationale contre les mutilations génitales féminines ce 6 février : l’occasion pour Elise Cannuel dans son Bulletin de santé de revenir sur l’excision et de poser des questions.

Une question qui se pose aujourd’hui est : pourquoi ? Pourquoi excise-t-on encore des filles aujourd’hui au Burkina ? Pourquoi, avec tous les risques ? Parlons d’abord des risques pour leur vie : ces bébés, ces petites filles et jeunes filles peuvent mourir immédiatement d’hémorragie ou rapidement d’infections. L’excision, ce sont des risques pour leur santé à court, moyen et long terme. L’utilisation de lames non stériles peut entraîner une contamination au virus de l’hépatite ou du VIH et quelle exciseuse prend le soin de stériliser ses lames ? Autres risques : des difficultés à uriner, des infections urinaires et vaginales chroniques, l’incontinence ainsi que l’apparition de kystes et tumeurs. La femme peut avoir des séquelles à vie. Précisons, si c’était nécessaire, que les mutilations génitales féminines ne représentent aucun bénéfice pour la santé.

Des risques liés à la maternité

La fécondité et la maternité sont essentielles pour la femme, pour le foyer, pour la société entière au Burkina. Alors pourquoi les mettre en jeu en pratiquant l’excision ? Pourquoi hypothéquer les futurs accouchements ? L’excision est synonyme de complications pendant les grossesses. Les femmes excisées ont un risque plus grand de fistules obstétricales ; pour elles, les césariennes d’urgence sont plus souvent nécessaires. L’excision représente aussi des risques pour leurs bébés : selon une étude menée par l’OMS en 2006 dont les résultats ont été publiés dans la revue The Lancet, le risque de décès du nouveau-né est augmenté de 32% dans les cas d’excision de type 2, le plus fréquent au Burkina. Pourquoi compromettre la vie de ces jeunes filles, futures mères, et de leurs enfants ?

Des conséquences sur la vie intime, une atteinte à la dignité

Pourquoi pratiquer l’excision alors qu’elle peut empêcher les rapports sexuels ou les rendre très douloureux ? Souffrir, est-ce vraiment un gage de pureté et de fidélité ? Pourquoi aujourd’hui encore imposer une mutilation à ces filles, c’est-à-dire couper une partie de leur corps, toucher à leur intégrité physique, à leur dignité ? Pourquoi, malgré son interdiction au Burkina en 1996, l’excision est-elle toujours pratiquée 23 ans après, en violation de la loi ? Malgré tous les programmes et projets, toutes les campagnes de sensibilisation, malgré tous les plaidoyers, toutes les rencontres et conférences de haut niveau, l’engagement des premières dames, des autorités religieuses et coutumières, pourquoi en 2019 pratique-t-on encore l’excision ? Dans le monde, 200 millions de femmes et de filles ont subi l’une ou l’autre forme de ces mutilations. Si ça continue, il y en aura 3 millions de plus à la fin de cette année.

La nécessaire mobilisation de tous les acteurs

Quelles sont les réponses à ces questions ? Disons que les changements de comportement prennent énormément de temps et nécessitent une sensibilisation constante envers l’ensemble de la société. On souhaite aussi l’application stricte de la loi dans les cas où l’excision est avérée. Verra-t-on un jour la fin de l’excision au Burkina ? Si la pratique régresse, elle est toujours une réalité comme en témoignent les 55 cas recensés dans le pays pour le seul mois de septembre 2018. Pourvu que les victimes parlent de leurs douleurs quotidiennes, de leurs traumatismes physiques et psychologiques, pourvu que tous les cas d’excision soient dénoncés, pourvu que les femmes et les hommes s’engagent ensemble pour la fin de cette pratique qui porte gravement atteinte aux droits les plus élémentaires des filles et des femmes.

Retrouvez le Bulletin de santé d’Elise Cannuel chaque mercredi dans Oméga matin entre 6h30 et 7h et dans Oméga soir entre 18h30 et 19h.

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