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Être malade en prison, la double peine

L’actualité est dominée par les questions de justice avec le verdict du procès du putsch, l’occasion pour Elise Cannuel de s’intéresser à la santé des détenus burkinabè dans son Bulletin de santé du 4 septembre.

Il est des détenus plus célèbres que d’autres, les condamnés et ceux, nombreux, en attente de jugement. Quel que soit leur statut, les faits pour lesquels ils sont condamnés ou ce dont ils sont soupçonnés, tous ont droit à la santé. C’est la loi de 2017 portant régime pénitentiaire qui le dit, en son article 163 : « l’Etat a la responsabilité d’assurer des soins de santé aux détenus sans discrimination ».

Evacuations VIP ou low cost

Parlons d’abord des évacuations : vers l’étranger ou vers le CMA à côté. D’abord sur les premières, le procès du putsch, ça a été des questions sur l’état de santé de Djibril Bassolé. On parlait de problèmes cardiaques puis de cancer. Sa demande d’évacuation est toujours en attente. Il était en Tunisie, il veut partir en France. Condamné, il est passé de sa résidence surveillée à la MACA. Les évacuations vers l’étranger, ce sont des hommes politiques, des opérateurs économiques, les puissants d’hier et d’aujourd’hui. Dans quels cas est-ce justifié ? Dans quels cas est-ce un prétexte ? Prenons deux exemples en Egypte. L’ancien Président Hosni Moubarak comparaissait en 2011 sur une civière. Mise en scène ou réelle agonie ? Il a fait 6 ans de prison dans un hôpital militaire ; il se porterait aujourd’hui plutôt bien. Un autre ancien président égyptien, Mohamed Morsi, est mort en juin après un malaise durant une audience. Pour l’ONG Human Rights Watch, c’était prévisible au vu de l’absence de soins : il aurait eu de l’hypertension, du diabète, une maladie du foie et des problèmes de reins. Evacuations justifiées ou abusives, refusées ou accordées, jusqu’à la privation de soins. Des détenus célèbres on en parle, pas des autres, de la majorité pour qui l’évacuation vers le CMA à côté, c’est déjà compliqué. Pour les uns, une armée d’avocats, pour les autres, pas même une feuille de papier pour rédiger une demande une mise en liberté. On disait : « pas de discrimination ». Pour le commun des détenus, la prison elle-même peut rendre malade.

Se soigner en prison, le parcours du combattant

Peut-on se soigner en prison? Citons un rapport établi par Expertise France et rendu public début 2018. Quelque 790 détenus des 27 maisons d’arrêt ont participé à l’enquête. Parmi eux, près de 78% considèrent que leur santé s’est dégradée en prison. Selon ce rapport, les infirmeries ne sont pas aux normes : souvent c’est juste une pièce. Et où mettre les détenus contagieux, par exemple les tuberculeux ? Faute d’espace adéquat, ils se retrouvent sous des hangars ou en cellule disciplinaire. Il y a un manque de personnel, notamment de médecins : ceux qui viennent sont très majoritairement des bénévoles. Pas d’offre de soins continue et les médicaments manquent. Une enveloppe est certes dégagée depuis 2015 pour chaque maison d’arrêt mais elle est très insuffisante.

Plus de maladies, des maladies plus graves

Les détenus sont beaucoup plus malades que la population générale, et certaines maladies sont surreprésentées. Il s’agit de paludisme, des maladies respiratoires, digestives et de la peau, faute d’hygiène alimentaire et corporelle, à cause du confinement, du manque d’aération et de la surpopulation. Il y a même encore des cas de béribéri, cette maladie de la dénutrition qu’on connaissait en Europe dans les camps de concentration. Côté santé mentale, selon une étude menée en 2014 sur 400 détenus, 70% souffraient de troubles psychiatriques divers. Expertise France mentionne dans son rapport 13 tentatives de suicide dans 15 maisons d’arrêt en un an.

Vers l’humanisation des prisons, le chemin est encore long

Nous le disions au début de cette chronique : le droit à la santé concerne tout le monde y compris les détenus, sans discrimination. Ils sont autour de 8000 actuellement au Burkina. Ils sont toujours plus nombreux, d’année en année. Il y a la loi, qui n’est pas appliquée, il y a aussi les engagements politiques : on parle d’humanisation des prisons. N’oublions pas les détenus, quels qu’ils soient et où qu’ils se trouvent, à la MACO ou à la MACA.

Suivez le Bulletin de santé d’Elise Cannuel chaque mercredi dans Oméga matin entre 6h30 et 7h et dans Oméga soir entre 18h30 et 19h.

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