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Santé mentale : des fous errants pas si différents

Journée mondiale de la santé mentale : l’occasion de parler de ceux qu’on appelle les « fous ». Que sait-on de ces personnes qui errent seules et souvent nues dans les rues ? Qui sont-elles ? Comment en sont-elles arrivées là ?

Une thèse de doctorat nous renseigne sur les malades mentaux errants, document intéressant parmi les travaux consacrés à ces personnes, qui sont d’ailleurs peu nombreux. Cette thèse en médecine a été soutenue il y a vingt ans par Francine Douamba épouse Ouédraogo, elle est disponible sur Internet. Si aujourd’hui son auteur recenserait plus de malades mentaux qu’à l’époque, les résultats de ses travaux nous éclairent aujourd’hui encore. L’auteur a interrogé et examiné 50 malades mentaux errants de Ouagadougou. Elle leur a parlé, et quand elle leur a demandé leur nom, près de 75% étaient en mesure de dire « je suis untel ». Elle leur a parlé, et elle a appris qu’environ 45% avaient un métier avant de tomber dans la maladie. Et elle écrit, « ces fous d’aujourd’hui avaient hier des responsabilités professionnelles ». Un peu plus de 20% ont dit être mariés. La moitié à peu près ont exprimé des souhaits : ils ont dit, je voudrais guérir, je voudrais me réinsérer dans la société. La plupart de ceux qui avaient un métier avant ont dit vouloir le reprendre.

Les fous errants : des malades pas si différents

Ces fous errants ne sont pas si différents, ils sont malades, tout simplement. Ils souffrent d’une ou plusieurs maladies psychiatriques : plus de 60% des malades étudiés dans le cadre de cette thèse souffraient de schizophrénie. C’est une maladie qu’on classe parmi les psychoses, qu’on connaît et qu’on soigne. Ils ne sont pas si différents malgré les apparences mais la société les rejette, ou au mieux les ignore. Justement cette thèse s’est aussi intéressée à ceux qui cohabitent avec les malades mentaux errants dans les quartiers. Parmi eux, 53% ont pitié d’eux, 40% ont peur et 12% ressentent du dégoût. Autre chiffre : 84% disent que ces malades mentaux sont un danger alors que seuls 5,8% exactement disent avoir déjà été brutalisés par l’un d’eux. Ceux qui subissent des violences, ce sont ceux-là même qu’on dit dangereux : parmi les malades mentaux interrogés, 34% affirment avoir été agressés verbalement et un peu plus de 13% physiquement.

Changeons de regard sur la maladie mentale

Ces hommes et ces femmes ont besoin d’aide. Vus comme des dangers, ils ont besoin d’être protégés : les malades mentaux subissent les violences des autres, on le disait, et ils sont aussi violents envers eux-mêmes. Chez les schizophrènes, le taux de tentative de suicide a été évalué à 30 % et celui des décès par suicide à 10 %. A un moment de leur vie, les choses ont basculé, la maladie s’est déclenchée, ou révélée. Un deuil, la perte d’un emploi, un divorce, certains ont été bannis, d’autres viennent de régions en guerre. Aujourd’hui, des centaines de milliers de Burkinabè vivent la peur, la perte, le déracinement. Ils ont vu la mort en face, ils ont enjambé des corps pour prendre la fuite, ils ont tout perdu. Parmi eux, certains ne peuvent pas surmonter l’horreur et ont développé des maladies psychiatriques, c’est rapporté par les agents de santé sur les sites des déplacés. D’eux tous et des autres, il faut se préoccuper. Ces hommes et ces femmes pourraient être nos frères, nos sœurs, nos enfants. Ils pourraient être nous.

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