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Recherche médicale : guérir du VIH/Sida ?

Il fait la une des médias du monde entier : le deuxième cas de rémission durable du VIH. Qu’est-ce que cela veut dire ? Elise Cannuel y revient dans son Bulletin de santé du 06 mars.

Pour la deuxième fois, un patient souffrant du VIH/Sida pourrait bien être guéri, selon des chercheurs de l’université de Cambridge, au Royaume-Uni. On ne connaît pas son nom, on l’appelle le « patient de Londres ». Il était porteur du VIH depuis 2003 et sous antirétroviraux depuis 2012. Dix ans après le premier, le patient de Berlin, voilà un nouveau cas de rémission durable et de probable guérison. Le patient de Londres et celui de Berlin ont trois choses en commun : ils étaient porteurs du VIH 1. Tous deux atteints d’un cancer du sang, ils ont eu, pour le traiter, des transplantations de moelle osseuse. Et dans les deux cas, les donneurs de moelle avaient une mutation génétique rare : elle empêche le VIH de s’installer dans l’organisme en agissant sur ce qu’on appelle un récepteur du VIH. C’est un cas de figure très rare car cette mutation n’est présente que chez moins de 1% de la population mondiale. Voilà qu’en voulant soigner un cancer, on confirme une piste pour le traitement du VIH/Sida. Pour ce patient de Londres, on parle de rémission durable car il s’agit de 19 mois sans pouvoir détecter de traces du virus dans son organisme.

Vers une révolution de la prise en charge du VIH/sida ?

Voilà qui pourrait largement changer la donne dans la prise en charge du VIH/Sida car jusqu’à maintenant, on estimait que c’est une maladie dont on ne guérit pas et qu’on peut seulement contrôler grâce aux antirétroviraux. Ces ARV, il faut les prendre toute sa vie, c’est contraignant, il y a des effets secondaires et encore faut-il avoir accès aux médicaments, ce qui n’est pas toujours aisé dans les pays en développement. Autre problème : il y a des cas de résistance du virus du Sida aux traitements car il a appris à s’adapter.

Généraliser la transplantation à tous les séropositifs ?

Va-t-on pouvoir transplanter de la moelle osseuse à toutes les personnes séropositives ? Elles sont tout de même près de 37 millions dans le monde… Les chercheurs l’ont dit ce 05 mars : ce n’est pas une option car cette transplantation est techniquement compliquée, elle comporte des risques et est douloureuse pour le donneur comme pour le receveur. Mais c’est une nouvelle piste, très prometteuse, pour la mise en place de nouveaux traitements qui là, pour le coup, pourraient guérir les malades. Voici les propos d’un chercheur cités par le site du magazine Sciences et Avenir : « une transplantation de moelle osseuse n’est pas viable pour guérir. Mais on peut essayer de déterminer quelle part de la transplantation a fait la différence pour permettre à cet homme de cesser de prendre ses médicaments antiviraux ». Il s’agit bien, pour la médecine, de trouver un moyen d’éliminer complètement le virus du corps des personnes séropositives. Perspective lointaine : la recherche avance lentement. Il faut du temps pour élaborer les traitements. Pour cette piste de la moelle osseuse, on en est encore au stade de la recherche fondamentale.

Maintenir les efforts face à l’épidémie de VIH/Sida

Quels que soient les espoirs que nous donne la recherche, il ne faut pas se relâcher. Ce n’est pas parce qu’il y a les ARV, qu’il y a des essais de vaccins en Afrique du sud dont les résultats sont attendus pour 2022 et que la moelle osseuse est une piste très prometteuse qu’il faut considérer que le Sida n’est pas si grave. Au contraire. Se protéger pour le prévenir, c’est la priorité parce que le préservatif a largement fait ses preuves et il est accessible. Il permet de se protéger du VIH comme d’autres maladies tout aussi dangereuses, par exemple les hépatites virales. La piste de la moelle osseuse est donc très prometteuse mais il faut laisser aux chercheurs le temps de faire leur travail. En attendant de pouvoir dire que le sida, c’est fini, soyons plus vigilants que jamais.

Suivez le Bulletin de santé d’Elise Cannuel chaque mercredi dans Oméga matin entre 6h30 et 7h et dans Oméga soir entre 18h30 et 19h.

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