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Infrastructures de santé : construire c’est bien, équiper et entretenir, c’est mieux

Six accords de coopération ont été signés entre le Burkina Faso et la Chine. Parmi les projets qui doivent être financés est citée la construction du CHU de Bobo Dioulasso, longtemps attendue. Un réel effort est fait pour la construction d’infrastructures de santé mais est-ce suffisant ? La question est posée par Elise Cannuel dans son Bulletin de santé du 8 septembre.

A Bobo Dioulasso, de grands travaux sont annoncés. Les premiers investissements chinois au Burkina se feront dans la ville de Sya. Une délégation chinoise avait d’ailleurs visité en juin dernier le site du futur hôpital à Borodougou, sur 80 hectares. C’est donc la fin des tergiversations sur le choix du site et un accord de don signé à Pékin doit permettre la réalisation de l’étude de faisabilité rapidement. L’ensemble du projet a été évalué à 80 milliards de francs CFA, pour un hôpital de 500 lits. Il faut dire qu’au Burkina Faso, on construit, on maçonne, on bétonne : dans la catégorie santé du programme présidentiel, la construction d’infrastructures est bien le point qui arrive en premier, avec notamment celle du CHU de Bobo parmi beaucoup d’autres projets. Effectivement, selon les annuaires statistiques du ministère de la santé, il y avait en 2017 presque 300 CSPS de plus qu’en 2015 et une vingtaine de centres médicaux de plus. Six hôpitaux en tout sont désormais des centres hospitaliers universitaires contre quatre en 2015. La commission d’enquête parlementaire sur le système de santé l’a reconnu : « l’Etat a fait des efforts remarquables pour doter le pays d’infrastructures de santé », lit-on dans son rapport rendu public en décembre dernier. Ces efforts devraient donc se poursuivre avec l’appui du partenaire chinois.

Construire et équiper dans la durée

Ces efforts sont louables mais le Burkina a besoin de centres de santé bien équipés, et pour longtemps. Prenons un exemple : le CHU de Tengandogo, ex CHU Blaise Compaoré, avait été financé par un ancien partenaire, la Chine Taïwan, et inauguré en octobre 2010. Selon la commission d’enquête dont il était question plus haut, il est aujourd’hui le seul hôpital du Burkina qui respecte les normes des unités de soins. Il n’empêche que le scanner et l’IRM ne sont pas toujours disponibles. Le premier souffre des conséquences des coupures de courant, le second n’a pas toujours l’hélium dont il a besoin pour fonctionner. Et pour les patients hospitalisés, l’état des toilettes laisse largement à désirer.

Le CHR de Tenkodogo, symptôme d’un problème global

L’équipement des infrastructures de santé n’est pas totalement oublié dans les accords de coopération signés entre le Burkina Faso et la Chine. Selon nos informations, un des accords prévoit l’équipement du CHR de Tenkodogo. Il est temps, si l’on considère ses problèmes chroniques d’électricité et d’eau mais également de scanner et de production d’oxygène, et ce depuis 2012. Un mouvement de citoyens s’est même créé pour le sauver. C’est un cas spécifique, pourtant le problème est général. Le sous-équipement concerne les structures sanitaires publiques à tous les niveaux de la pyramide, des pannes des appareils d’imagerie à l’équipement insuffisant des laboratoires en passant par l’absence d’incinérateur pour détruire les déchets hospitaliers. Et qui dit équipement dit maintenance : pourquoi doter de matériels les centres de santé si c’est pour qu’ils soient hors service en un temps record ? Encore faut-il aussi que les centres de santé soient correctement électrifiés, avec des groupes électrogènes qui fonctionnent bien. Il faut donc certes construire mais aussi avoir une politique globale d’équipement et de maintenance pour mettre à niveau les structures de santé de tout le pays.

Suivez le Bulletin de santé d’Elise Cannuel chaque mercredi entre Oméga matin entre 6h30 et 7h et dans Oméga soir entre 18h30 et 19h.

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