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Procès putsch de 2015 : «  Nous étions dans la gueule du loup » (Jean-Baptiste Ouédraogo, témoin)

Le procès du coup d’Etat de 2015 a repris ce lundi 11 mars 2019 avec l’audition des témoins. A la barre, l’ancien Président Jean Baptiste Ouédraogo a décrit le rôle qu’il a joué pendant les évènements de septembre 2015. Jean Baptiste Ouédraogo a souligné notamment l’entêtement du général Diendéré qui a conduit au bombardement du camp Naaba Koom 2 le 29 septembre 2015.

Assis dans une tenue kaki, cahier en main, il a tout d’abord lu une longue déclaration préliminaire dans laquelle il a expliqué le déroulement des évènements qui ont abouti au coup d’État, rappelant les autres crises qui ont précédé. Il a fait savoir que des complots, des manigances et des ambitions diverses ont émaillé la marche de la Transition, notamment au sein de l’armée. Cependant dit-il, « rien de tout cela ne peut justifier un coup d’Etat ».

Par ailleurs il a demandé la clémence des juges à l’endroit de « tous ceux qui ont été contraints d’exécuter des ordres militaires » dans le cadre de ces événements. Sur la nuit du 16 au 17 septembre où son rôle a été plusieurs fois mentionné, du fait de sa présence à la réunion de la CRAD, le témoin abonde dans le même sens que plusieurs membres de cette instance passés à la barre.

Selon lui, dès cette réunion, le général Gilbert Diendéré a tenté de justifier l’acte des sous-officiers par des griefs politiques et militaires. Il s’est ensuite « empressé de demander à la haute hiérarchie de l’armée d’en assumer la responsabilité ». Jean Baptiste Ouédraogo explique également que c’est à la rencontre avec les soldats du RSP au camp « Naaba Koom 2 » que le mot coup d’Etat est ressorti pour la 1re fois. Là, les éléments se sont opposés catégoriquement à la libération des autorités.

Le témoin confirme d’ailleurs que leur délégation a fait l’objet de menaces. « Nous étions dans la gueule du loup », a-t-il appuyé. De retour au ministère de la défense et après la lecture du projet de déclaration des éléments, il dit avoir fait savoir avec l’archevêque Paul Ouédraogo que si cela était un projet de proclamation de coup d’Etat, il n’avait plus rien à y faire, et s’en est allé. Il dit avoir appris à la télé, la proclamation de prise du pouvoir le 17 septembre.

Selon le témoin, plusieurs tentatives de faire entendre raison au général Gilbert Diendéré sont restées vaines. Il en veut pour preuve, entre autres, la déclaration proposée pour exprimer sa soumission à la hiérarchie militaire, déclaration que l’intéressé a modifiée à sa guise avant de la lire. Le 29 septembre, alors que l’assaut sur le camp Naaba Koom 2 était imminent, Jean Baptiste Ouédraogo raconte qu’il a échangé avec Diendéré par appel pour le persuader d’appeler ses hommes à se rendre pour éviter le « massacre ». Là encore, le général n’a pas cédé, jusqu’à ce que les détonations commencent. Ce n’est que plus tard qu’il fera sa déclaration sur la Radio Oméga, officialisant sa reddition.

Le général Gilbert Diendéré est bien dans la salle d’audience ce matin. Jeudi, l’audience avait été suspendue au bout de quelques minutes, parce que le général ne se sentait pas bien.

Abdoul Fhatave Tiemtoré

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