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Procès putsch de 2015 : le Colonel-major Alassane Moné soutient les propos du CEMGA Zagré

Pour cette matinée du 26 février 2019, deux témoins se sont succédé à la barre. Il s’agit du chef d’état-major général des armées, le Général de Brigade Pingrenoma Zagré, qui était entendu depuis le vendredi 22 février et le Colonel-major Alassane Moné. Au moment des faits, il était le secrétaire général du ministère de la défense.

S’agissant de la suite de l’audition du Chef d’état-major général des armées, le Général de Brigade, au cours de cette matinée, c’est la défense qui avait toujours la parole. Outre les questions, les avocats ont formulé des observations.

« La déposition du Chef d’état-major général des armées, Pingrenoma Zagré nous pose un problème, car nous constatons et lui-même l’a dit avoir lu dans la presse nationale. Il a donc eu les moyens de savoir tout ce qui s’est dit ici avant son passage. Or, des dispositions sont prises pour cela afin que les témoins déposent en toute spontanéité », a fait observé Me Abdoul Latif Dabo de la défense. Il ajoute au passage que l’armée n’a jamais autant été politisée que sous la transition. Pour preuve, le Premier ministre était un militaire, plusieurs militaires étaient membres du gouvernement et les forces armées nationales avaient un groupe parlementaire au Conseil national de la transition (CNT).

Après Me Abdoul Latif Dabo, la parole fut donnée à Me Yelkouni. Revenant sur les points auxquels il avait déjà apporté des éléments de réponses, le témoin n’a pas souhaité s’exprimer à nouveau si bien qu’à plusieurs reprises, il a été rappelé à l’ordre par le président du tribunal.

Me Willi, conseil du Commandant Abdoul Aziz Korogo, prenant à son tour la parole a déclaré : « Mon Général, merci pour votre franchise, car vous avez reconnu ici que c’est à votre demande que mon client qui du reste vous avait fait part de son intention de quitter les Forces armées nationales (FAN) est resté au camp Naaba Komm pour mener le travail de démobilisation qui a permis d’éviter le pire, mais je suis déçu, car vous avez signé l’ordre de poursuite de mon client ».

Il a aussi souligné le retard engendré par le procès sur la carrière militaire de son client qui aurait dû passer cette année Lieutenant-colonel. Il souligne que son autre client, le Lieutenant-colonel Abdoul-Karim Traoré, ne raconte pas des “conneries” comme l’affirme le témoin.

Me Mireille Barry, conseil du Général Dribill Bassolé, du Colonel-major Boureima Kiéré et du Capitaine Abdoulaye Dao, ne comprend pas pourquoi, dans l’ordre de poursuite il est écrit que le commando qui a fait “irruption” dans la salle du conseil le 16 septembre 2015 était conduit par le Capitaine Abdoulaye Dao. Or, ce jour-là, son client se trouvait à Banfora avec le tribunal militaire qui y tenait une audience délocalisée.

Le Conseil du Lieutenant-colonel Mamadou Bamba, Me Sombié lui affirme que son client n’a pas eu d’autres choix que d’aller lire les communiqués du CND. « Il a été appelé au téléphone à 4 heures du matin par le RSP et invité à se présenter à la télévision nationale le matin pour lire les communiqués. Avait-il le choix ? Refusé aurait été suicidaire pour lui », conclu son avocat. Me Sombié est aussi l’avocat du Lieutenant Jacques Limon, lui qui a été au camp Lamizana à l’appel du secrétaire général du ministère de la Défense pour aller récupérer des mains du chef d’état-major général des armées (CEMGA) l’ordre d’engagement qu’il a apporté au Président Michel Kafando pour signature puis le ramener au camp Lamizana au CEMGA.

Selon Me Sombié, son client lui aussi n’a pas eu le choix, car il était au secrétariat général du ministère de la Défense. À travers leurs questions et observations, les avocats de la défense ont essayé de tirer du Général Zagré des éléments à décharges pour leurs clients. Ainsi, revenant sur la stratégie adoptée par le CMGA, Me Idrissa Badini dira :

« ce n’est pas de la stratégie ou une bonne stratégie car, en restant muette, la hiérarchie militaire a détruit la carrière militaire de bon nombre d’accusés ici présents, car elle a entraînée certains accusés dans l’erreur. Je pense qu’il n’y a pas eu dès le départ une position claire de la part de la hiérarchie pour dire non au putsch. La hiérarchie a tout simplement manqué de fermeté. Le silence de la hiérarchie cache une complicité qui ne dit pas son nom. Sinon, pourquoi avoir attendu le 21 septembre quand les garnisons décident de descendre sur Ouagadougou que l’on décide de mener une campagne de démobilisation ? »

À cette question le Général Zagré répondra : « Nous n’avons pas été inactifs, muets, car dès le 16 septembre, j’étais en contact avec le Général Gilbert Diendéré et les éléments du RSP. Nous avons mis en œuvre notre stratégie pour la libération des otages, amener le RSP à se soumettre et à déposer les armes et permettre à la transition de poursuivre son cours. Si c’était à refaire, j’agirai de la même manière car notre stratégie a permis d’éviter un bain de sang ».

En guise de conclusion à sa déposition, le CMGA dira : « Je suis venu témoigner en toute fraternité pour la manifestation de la vérité. Général Gilbert Diendéré, rassure-toi, je n’ai rien contre toi ». À la suite du Chef d’état-major général des armées, le Général de Brigade Pingrenoma Zagré, c’est le Colonel-major Alassane Monet qui a été appelé à la barre. Au moment des faits, il était le secrétaire général du ministère de la défense.

« Le 16 septembre 2015, aux environs de 14H30, j’ai reçu un appel téléphonique du Général Gilbert Diendéré. C’est lui qui m’a informé et il a demandé une réunion de la CRAD. J’ai ensuite reçu l’appel du Chef d’état-major général des armées, le Général de Brigade Pingrenoma Zagré qui m’a aussi informé de ce qui se passait et de la tenue de la réunion de la CRAD. C’est à son initiative que l’ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo et monseigneur Paul Ouédraogo ont pris part à cette réunion » indique le témoin.

Poursuivant, il confirme les propos du Chef d’état-major général des armées. « Lorsque le Général Gilbert Diendéré nous a informés au cours de la réunion du 16 septembre, à l’unanimité, tous les membres de la CRAD ont condamné le coup d’état et nous avons refusé de l’assumer. Le Général à accepter d’assumer, mais il a demandé que la police et la gendarmerie assure le maintien de l’ordre. Nous sommes allés au camp Naaba Koom et là-bas, c’est le même langage que nous avons tenus au Général et aux éléments du RSP. Le 17 septembre, j’ai été appelé par le Général Zagré qui m’a annoncé la tenue d’une nouvelle rencontre de la CRAD, car le Général avait des informations à nous communiquer », ajoute le Colonel-major Alassane Moné.

Contrairement à ce que soutient le Général Diendéré, le Colonel-major Alassane Moné lui aussi affirme que c’est le CEMGA qui a présidé la réunion ce jour-là.

Suspendue, l’audience reprend ce mercredi 27 février et la parole sera donnée au Parquet pour ses questions et observations.

Judith Traoré

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