Home > Politique > Procès putsch 2015:  » Tu as intérêt à m’avoir parce que quand moi je tire je ne rate pas » dixit le commandant Abdoul Aziz Korogho à un soldat

Procès putsch 2015:  » Tu as intérêt à m’avoir parce que quand moi je tire je ne rate pas » dixit le commandant Abdoul Aziz Korogho à un soldat

Au troisième jour de l’interrogatoire du commandant Abdoul Aziz Korogho, chef de corps adjoint du RSP à l’époque des faits, les débats ont été houleux entre lui et certains avocats de la défense. Ces derniers ont vu les noms de leurs clients cités à maintes reprises par des officiers dont le commandant Korogho comme étant les éléments indisciplinés de l’ex RSP. Ils essayeront tour à tour de démonter les déclarations du commandant Korogho à l’égard de leurs clients. « J’avais voulu ne plus parler de ça parce que ça ne fait pas honneur à notre armée mais comme vous insistez allons-y » martèle l’accusé à Me Badini avocat de Zerbo Mohamed.  Commence ainsi le grand déballage.  » Votre client tenait des réunions avec un groupuscule de jeunes avec les moyens du corps. Personnellement je l’ai appelé pour lui dire que cette situation me dérangeait tout en lui demandant de restituer le matériel. Il n y a pas eu de début d’exécution. Pendant le désarmement, il s’est opposé à ce que le matériel sorte  » s’est expliqué le chef de corps adjoint du RSP. Il n’en fallait pas plus pour offusquer Me Badini.  » Ça fait mal d’entendre les noms de certains comme des éléments incontrôlés. Faisons un effort de contextualisation ; si je ne suis pas informé que du matériel doit sortir, en tant que soldat c’est normal que je m’oppose surtout que si il y a un combat c’est eux qui vont aller » a argué l’avocat de Mohamed Zerbo.

 

‘’La contextualisation ce n’est pas l’anarchie. Moi en tant que commandant et chef de corps je n’ai pas besoin de l’avis d’un soldat pour que du matériel sorte  » déclare l’accusé.

Après Me Badini, ce fut autour de Me Sandwidi Alexandre, avocat de Hamado Zongo, koussoube Roger et Abdoul Nafion également cités comme des indisciplinés de revenir à la charge en demandant au commandant les éléments permettant de les qualifier de la sorte.  » Votre client Koussoubé roulait avec le véhicule d’un chef que ses éléments avaient récupéré de force. Quand j’ai pris fonction j’ai demandé à ce que le véhicule soit réintégré à maintes reprises sans gain de cause » s’est défendu le commandant Korogho. Me Sandwidi qui a voulu justifier le contexte dans lequel son client roulait avec le véhicule  recevra cette réponse du commandant Korogho « Ce n’est pas un sous-officier qui peut décider de l’affectation d’un véhicule quel qu’en soit le motif ».

 

En ce qui concerne le soldat Zongo Hamado, le commandant a expliqué avoir été menacé par ce dernier pendant le désarmement.  » J’étais en réunion quand on m’a fait savoir que des éléments s’opposaient à ce que le matériel sorte. Quand je suis allé j’ai dit que le matériel va sortir et Zongo Hamado m’a dit que si je ne pars pas ils vont tirer sur moi. Je lui ai dit qu’il a intérêt à m’avoir parce que quand moi je tire je ne rate pas » poursuit-il. Pour l’avocat il n y a aucune preuve que son client a menacé le commandant Abdoul Aziz Korogho et on ne saurait retenir ces éléments pour les accuser (ses clients) comme les instigateurs du coup d’Etat.

Me Ouali Dieudonné avocat du commandant dit comprendre la réaction de ses confrères de la défense qui ont des clients qui ne peuvent visiblement pas s’accrocher au sien pour éviter la noyade au regard des charges retenues contre eux.  » C’est de bonne guerre, c’est le moment de rendre compte. C’est ce que nous avons semé qu’on récolte aujourd’hui » précise-t-il.

 » Nous avons assisté à une déchirure de la défense et nous demeurons convaincu que de toutes ces contradictions se trouve la vérité » a indiqué le parquet militaire.

Me Bertin Kienou, avocat de la défense a quant à lui demandé au tribunal que » Ce que vous allez retenir pour le commandant Korogho en faveur de sa collaboration avec la hiérarchie militaire soit retenu pour certains de ses subordonnés si on veut être juste ». Il ira même jusqu’à designer les responsables du coup d’Etat.  » Il n y a pas eu de démocratie de la part de celui qui s’est proclamé président du CND, l’avis de la troupe n’a pas été demandé. Ceux-là qui ont décidé de la réponse (en n’acceptant pas la libération des otages) à donner à la hiérarchie c’est ceux-là qui devraient assumer » martèle l’auxiliaire de justice.

L’interrogatoire du commandant Abdoul Aziz Korogho se poursuivra vendredi matin.

 

Faridah Elodie Sawadogo

Laisser un commentaire