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Je sais qui je suis : Un livre de 332 pages repartis en 6 parties signé Yacouba Isaac Zida

332 pages sur lesquelles l’ex-premier ministre sous la transition Yacouba Zida écrit en six chapitres sa version des faits sur sa vie de militaire, sur la situation nationale de l’époque et sur ce qui avait cours lors de son passage au gouvernement.

Le 1er est intitulé « Burkina Faso : une hégémonie régionale de deux décennies »  de la page 11 à la page 64 le 2ème « Les signes d’une fin de règne » (65-92) ; le 3ème  « les 48h de l’insurrection populaire »  (93-150), le 4ème « les chroniques d’une crise politico-militaire dans la transition » (151-228) l’avant dernier « la désillusion » (229-316) et la dernière partie « le possible développement » à partir de la page 317.

 

Dans la première partie, Isaac Zida nous dit dans quel contexte il a rejoint le RSP à la fin de la décennie 90. Il se présente comme un officier exemplaire, apprécié de sa hiérarchie et des soldats  même en dehors de son corps le RSP.  Isaac Zida était Officier de sécurité et commandant de compagnie. A ce titre il avait pour mission « de veiller par tous les moyens humains et techniques à la protection du personnel et des installations du RSP et du pays contre l’espionnage, la subversion et le sabotage » comme il le décrit dans le livre. Il indique par ailleurs  » Les officiers et en général les militaires de l’armée nationale n’étaient pas habitués à être respectés par leurs collègues du RSP.  J’entrepris de faire changer les choses « . p.27

 

 

Il revient sur le contexte sécuritaire dans lequel se trouvait la sous-région ouest africaine, notamment l’implication du Burkina dans la crise ivoirienne et ses relations avec les hommes qui ont animé cette crise et qui résidaient au Burkina. ’’Guillaume et moi avions eu le temps de sympathiser avant mon voyage pour le Maroc. Guillaume s’exprimait en français et était très cohérent dans les discussions contrairement au soldat analphabète IB.  Je n’ai pas mis beaucoup de temps à me convaincre que ce petit civil ferait un meilleur chef en le lieu et place de IB qui semblait tout avoir dans les muscles et rien dans la tête.’’ Dira-t-il à la p.43.

 

Les crimes commis par le RSP sont également évoqués et l’auteur explique le cas David Ouédraogo ainsi ’’Un petit groupe de soldats en rapport direct avec l’autorité et totalement insoumis à sa hiérarchie directe avait été instrumentalisé pour enlever torturer et assassiner David.’’

 

La seconde partie est intitulée Signe d’une fin de règne

 

En 25 pages, l’ancien premier ministre décrit de l’intérieur les prémisses de l’insurrection entre craintes et assurances : « Le grand marabout Ladji a dit que ça va chauffer mais ça va passer.’’   Peut-on lire à la page 69. Le dispositif sécuritaire mis en place au sein du RSP est évoqué et Isaac Zida en profite pour enfoncer certains de ses chefs le Colonel major Kere, par exemple. A son propos, il dit ceci : ’’c’était la première fois depuis mon arrivée au RSP où j’avais vu passer cinq chefs de corps que j’avais à faire à un chef qui exerçait un genre de commandement aussi atypique aux antipodes de l’art militaire. Les ordres étaient pour la plupart du temps décousus, sinon contradictoires.’’

 

A partir de la page 70, de nombreuses anecdotes sur le RSP, les hommes qui l’ont animé  et les luttes intestines comme l’éviction de Hyacinthe Kafando,  le passage de  Honoré Traoré au corps et surtout la mutinerie de 2011 sont racontées.

 

Dans cette partie l’auteur se présente comme un instrument de Dieu pour le bonheur du peuple burkinabè.  » C’est dans le cadre normal de l’accomplissement de mes missions habituelles que j’allais me retrouver le 30 octobre 2014 face à une nouvelle destinée celle d’accomplir un devoir plus élevé au service de la nation tout entière « . p.78

 

Se prononçant sur la paternité de l’insurrection, il dira ceci : « Certains individus, notamment du parti MPP, prennent le malin plaisir à s’octroyer la paternité de l’insurrection ce qui relève totalement de la malhonnête intellectuel et d’un mépris à l’endroit du peuple burkinabè. »

 

Les 48 h de l’insurrection populaire

 

 » J’étais de ceux qui étaient présents à Kosyam ce 30 octobre 2014 au matin pour protéger le président Blaise Compaoré contre les manifestants « . Telles est la première phrase de cette partie. Tout en précisant qu’il ne donnait aucun ordre à aucun élément de sécurité déployé sur le terrain ces 30 et 31 octobre comme pour se défendre des critiques formulées à son encontre quant à sa responsabilité dans les tueries, il affirme qu’il a demandé à certains éléments de ne pas ouvrir le feu comme le demandait son chef Kere.

 

Zida explique également comment il s’est retrouvé à l’Etat-major après la prise de pouvoir par le général Traoré, aux côtés de qui il avait trouvé le général Bassolé.  ’’ Dans la nuit aux environs de 23h je me suis rendu à L’Etat-major pour m’entretenir avec le général Traoré. Je lui ai dit que sa déclaration était nulle parce que tout simplement nous les éléments du RSP et une partie non négligeable de l’armée n’étions pas d’accord ’’. p.98

 

C’est à partir de cet instant, qu’Isaac Zida, sans le soutien de ses chefs du RSP selon ses écrits commence à faire cavalier seul pour évincer le général Nabéré Traoré et se hisser au poste de chef de l’État. « Quand je suis arrivé à l’Etat-major, ce matin du 31 octobre une réunion se préparait entre les officiers et des responsables de la société civile. Il y avait le Pr Luc Marius Ibriga, Me Guy Hervé Kam,  Smokey et SamsK. Aucun homme politique n’était présent. Dit-il à la page 103.’’Contrairement à ce que colportent certains spécialistes de la falsification de l’histoire par leur imaginaire, je n’ai pas commandé les opérations du RSP. Depuis 1997 j’ai toujours été le responsable du bureau des renseignements’’ dira-t-il et d’ajouter « Certaines personnes ont qualifié ou qualifient encore l’insurrection de coup d’Etat. Que le Seigneur leur pardonne et qu’Il leur ouvre l’intelligence afin qu’ils comprennent le chaos qui a été évité à la nation pendant ces 48h et cela grâce à notre intervention et sans laquelle leur mentor serait au mieux aux cotés de Laurent Gbagbo à la CPI pour répondre de crimes contre l’humanité. »

 

Il devint ainsi le nouveau président du Faso et mieux Zida se présente comme une personne destinée à cette fonction en cet instant.  » Cette responsabilité qui pesait sur mes épaules n’était pas pour moi un cadeau mais plutôt un lourd fardeau dont j’étais conscient qu’il serait trop lourd à porter pour toutes autres épaules dans ce Burkina post insurrectionnel. Je me suis décidé de porter cette charge dans le but de préserver quiconque d’autre d’une destruction certaine (…) la principale menace à la transition viendra certainement du bras armé de l’ancien régime c’est à dire le RSP et nulle autre personne que moi ne pourrait y faire face et donner à notre pays la chance d’aller à des joutes électorales en 2015 », affirme-t-il.

 

Il ne manque pas de critiques à l’endroit des hommes politiques à qui il reproche la traitrise et l’égoïsme notamment dans les événements du 2 novembre.

On apprendra également dans le livre que c’étaient des officiers dont le colonel Abdoul Karim Traoré qui étaient derrière le général Lougué. p.158

 

Les chroniques d’une crise politico-militaire dans la transition

 

Dans cette partie, Isaac Zida aborde les  difficultés rencontrées sous la transition et s’en prend ouvertement aux dignitaires du régime Compaoré et surtout à Fatou Diendéré qu’il présente comme la principale responsable. « Il était désormais clair que Fatou avait un plan de récupération du CDP, et que son mâle de Général allait lui servir de joker. Son mariage avec le jeune lieutenant sorti de l’école militaire spéciale de Saint Cyr en 1978, promu à une belle carrière, n’était rien d’autre qu’une échelle courte pour se faire une place au soleil (…) Elle va rester à l’hémicycle de 1997 à 2014. Toutefois ce palmarès ne semblait pas la satisfaire car il lui manquait encore une expérience : devenir première dame. » Et à l’auteur d’ajouter « Le grand frère Gilbert  n’avait pas épousé une épouse docile ».

 

C’est donc cet espoir démesuré qui va conduire aux tentatives de prise de pouvoir par le RSP au point où Michel Kafando eut envie de se séparer de son premier ministre. « Sous la pression des soldats du RSP, le président avait à un moment envisagé sérieusement de me dessaisir du poste de premier ministre. Je passais des journées entières sans avoir une véritable conversation avec le président. »

 

Et pour lui,  » même si les chefs militaires n’ont pas été les acteurs principaux du putsch, il faut être peu honnête pour dire qu’ils n’ont absolument rien à y voir  »

Parlant de soutien des putschistes, il dit « Il s’agissait de groupes djihadistes présents sur le sol malien (… ) Toutes les attaques au Nord ou au Sud qu’envisageaient des éléments proches du général Bassolé et de Guillaume Soro ont été abandonnés vu le rapport de force. »

 

La désillusion

 

Dans cette partie celui qui fut président du Faso pendant une courte période dépeint en noir la gestion du pouvoir actuel.

 

La situation actuelle est catastrophique au triple plan social, politique et économique dira-t- il et d’ajouter « Depuis que notre pays a accédé à la souveraineté nationale, c’est la première fois qu’un régime est autant décrié, détesté et vomi ».

 

Zida parle des propositions qu’il a faites à Roch Kaboré avant de quitter le pouvoir. Entre autres il dit ceci : « Je lui ai suggéré de confier le département de la sécurité au Colonel Barry » ( p.232). Du président Kaboré il dira ceci :  » Roch Kaboré est devenu le chef du Burkina et c’est en tant que tel qu’il doit se comporter et arrêter d’être cet enfant gâté qui distribue des gâteries à ses copains de classe pour obtenir d’eux qu’ils se mettent à son service dans la cour de la récréation « .

 

Il dit tout de même rêver d’une justice véritable au Burkina Faso et dresse un bilan satisfaisant de sa gestion financière et ne manque pas de critiques sur la pratique du journalisme.

 

Tout n’est tout de même pas que désillusion car Zida décrit aussi sa vie de famille paisible et dit se plaire dans sa situation d’exilé.  Cependant, il décrit son adolescence passée dans des conditions pénibles et parle des petits jobs qu’il a dû exercer pour s’en sortir.

 

Les 15 dernières pages qui constituent la dernière partie du livre intitulés « Possible développement », constituent un véritable projet de société où l’auteur indique les pistes à explorer pour sortir le Burkina de sa situation actuelle. Et pour lui, outre la réconciliation, il faut mettre l’accent sur l’éducation qui doit constituer la priorité des priorités.  P. 317

 

Les plus belles pages de ce livre, sont sans doute les pages 298 et 299 où on peut lire les derniers mots échangés entre Isaac Zida et Gilbert Diendéré constatant l’échec du putsch.  » Au dernier soir que j’ai passé dans les geôles du RSP l’homme (Diendéré) était venu me voir, méconnaissable. Il a demandé une chaise et s’est assis en face de moi. Nous nous sommes observés pendant un temps et nous avons tous les deux  commencé à verser des larmes. J’ai versé des larmes en voyant cet homme que j’avais beaucoup admiré et auprès de qui j’avais beaucoup appris de la carrière militaire tomber au plus bas de l’échelle de l’honneur et de la dignité. Il était resté sans mot dire se contentant de blâmer les généraux Nabéré Traoré et Djibril Bassolé « .

 

Un résumé de Ousmane Paré

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