Home > Politique > 11 morts à l’Unité anti-drogue : « je veux voir le corps avant d’informer le reste de la famille » (proche)

11 morts à l’Unité anti-drogue : « je veux voir le corps avant d’informer le reste de la famille » (proche)

C’est l’incompréhension pour les proches des victimes toujours sous le choc après la mort de 11 personnes qui étaient gardées-à-vue à l’Unité anti-drogue le 15 juillet dernier à Ouagadougou. A la morgue de l’hôpital District de Bogodogo, depuis le début de la semaine et comme chaque matin, ces parents des victimes se retrouvent là. C’est ici que les corps ont été amenés. Tristesse et désolation pour les parents qui se posent encore de nombreuses questions sur ce qu’il s’est vraiment passé ?

« Jusqu’à présent, nous n’avons pas encore vu les corps. Comment 11 personnes peuvent mourir dans une cellule ? Que s’est-il passé ? », a dit Harouna Ouédraogo, parent de victime.

« 11 personnes ne peuvent pas mourir tout d’un coup comme ça. Ils ont tué mon frère », affirme Awa Zoungrana qui a perdu son frère aîné.
« J’ai mon petit frère parmi les victimes. Vraiment c’est triste pour nous », a indiqué Issaka Ouédraogo, parent de victime.

Cet homme a perdu son frère jumeau. Les autres membres de la famille ne sont pour l’instant même pas encore informés. « Je veux voir le corps d’abord avant d’informer le reste de la famille », dit-il sous anonymat.
La plupart des familles affirment qu’elles n’avaient pas été informées que leurs proches avaient été interpellées jusqu’à leurs morts.

« L’arrestation c’était le vendredi. Et c’est dans la soirée que ses apprentis – puisqu’il était couturier – ont su. Pour eux il était sorti. Mais ils ont commencé à s’inquiéter à partir de samedi. C’est lundi qu’ils ont commencé à faire les recherches. C’est par la suite, lundi soir que nous avons compris ce qui s’était passé », a dit Flavien Dima, qui a perdu son petit frère.
« Les familles n’ont pas accès aux corps jusqu’à l’heure où je vous parle, (ndlr vendredi matin). Mais actuellement toutes les familles sont en train de se réunir et nous allons décider ensemble », a-t-il ajouté.

Lui comme toutes les familles des 11 victimes exigent la lumière dans cette affaire.

« On veut la lumière dans cette affaire pour pouvoir faire notre deuil », fait-il savoir.

« Nous demandons que justice soit faite. Ce sont aussi des êtres humains », déclare Awa Zoungrana toute en colère.
Les organisations de défense des droits de l’homme, elles dénoncent les conditions de détentions, notamment les capacités d’accueil des cellules.

« Détenir 30 personnes dans une cellule de 12, fait courir le risque que ces personnes suffoquent. Mais on imagine que ces personnes à un moment donné ont dû crier et demander à l’aide. Pourquoi il n’y avait personne pour répondre lorsque ces gens-là demandaient à l’aide ? » s’interroge Urbain Yaméogo, Directeur exécutif du Centre d’information et de formation en matière des Droits humains en Afrique (CIFDHA).

La mort de ces 11 personnes a suscité de vives réactions. L’opposition a condamné l’acte et a demandé que justice soit faite. Le Président du Faso Roch Kaboré lui-même a rassuré jeudi à Ouagadougou que lumière sera faite dans ce dossier. La directrice de la police judiciaire ainsi que de nombreux policiers de l’Unité anti-drogue ont été relevés de leurs fonctions, le temps de mener les enquêtes.

Lamine Traoré

Laisser un commentaire