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Procès du putsch de 2015: le face à face entre l’expert Younoussa Sanfo et le Lieutenant Jacques Limon

Est-ce que vous connaissez Monsieur Limon K. Jacques?? Demande Me Hervé Kam de la partie civile à l’expert Younoussa Sanfo aussitôt que ce dernier a fini d’expliquer la base de son travail d’expertise en répondant aux questions du parquet militaire. L’expert en cybersécurité se livre à un nouvel exercice d’explication.

« J’ai déposé mon rapport le 30 mars 2016, le 06 avril, les juges m’ont appelé au tribunal militaire. Quand je suis arrivé, mon rapport était sur la table et ils m’ont demandé :

  • Avez-vous les messages de Limon K. Jacques??
  • C’est qui Limon?? Ai-je répondu.
  • Tu ne connais pas Limon?? M’ont demandé les juges.
  • Pourquoi je dois connaître cette personne?? Ai-je demandé.
    Ils m’ont alors expliqué que cette personne vient près de 3 fois par semaine au tribunal militaire et leur a expliqué que la hiérarchie militaire voit d’un mauvais œil la présence de Sanfo dans le dossier. Qu’il est de notoriété publique que Sanfo est le gars de Diendere et que le Général Zagré et le Colonel major Moné ne sont pas contents.
    On a failli se faire avoir, ont-ils dit. « 
  • Et l’expert d’ajouter que ses relations étaient exécrables avec quasiment tout le monde. « Si ma banque n’avait pas engagé beaucoup d’argents, j’allais arrêter » poursuit-il.
    Il est arrêté par Me Kam : « Monsieur le président, j’ai déjà ma réponse, il ne connaissait pas Monsieur Limon, si vous voulez il peut continuer ». L’expert décline l’offre. Me Kam poursuit avec ses questions :
  • Avez-vous eu des contacts personnels avec Monsieur Limon K. Jacques??
  •  » Un jour, raconte Younoussa Sanfo, j’étais chez moi, on m’a dit que quelqu’un me demandait. J’ai dit de le faire entrer. Il m’a dit : Je suis le Lieutenant Limon, je suis venu vous parler parce que le tribunal militaire et la justice militaire sont favorables à un non-lieu mais le problème c’est l’expert. Je lui ai répondu que ça peut pas être moi car j’ai déposé mon rapport.
  • C’est la première et la dernière fois que je l’ai vu. C’est une fois à la justice militaire qu’un secrétaire m’a dit : vous dites que vous ne connaissez pas Limon, mais Limon vous connaît parce que les formations que vous êtes venu faire avec le Général Diendere à la présidence, Limon était là. »

Qu’en est-il des difficultés pour se voir régler sa note d’expertise que le Lieutenant Limon indexe comme étant la base de son implication dans le dossier du putsch?? À ensuite voulu savoir la partie civile. Selon Limon Jacques, lors de son audition, c’est parce qu’il a notamment refusé de valider cette note, que des SMS ont été montés par l’expert contre lui.

« Monsieur Limon affirme notamment que vous êtes allé le voir plusieurs fois au bureau pour faire avancer le marché de l’expertise » précise Me Hervé Kam.

  • « Je n’avais pas à le voir et j’ignorais totalement son existence à cette période » tranche Younoussa Sanfo qui avoue avoir lu les accusations de Limon dans la presse. La partie civile lui fait remarquer le fait qu’il dise n’avoir jamais acheté du matériel pourtant selon le Lieutenant Limon, c’est cet équipement à acheter qui est la source de ses problèmes.
  •  » Ce que les uns et les autres ont dit, c’est au tribunal d’apprécier. J’aimerais m’en tenir à cela.
    Je n’ai jamais demandé à la justice militaire du matériel, si quelqu’un a des éléments contraires de preuves qu’il les fournisse. », répond l’expert avec un brin excédé qui indique qu’il ne souhaite pas s’étendre sur un « dossier confidentiel entre l’Etat et un expert ».
  • Vint le tour de Me Mamadou Sombié, l’avocat de Limon K. Jacques de prendre la parole autour de 12 h moins le quart. Son client ayant rejoint le témoin à la barre, l’avocat commence par une petite histoire : celle d’un  » homme en occident qui a été traîné au tribunal pour bigamie (mariage à deux femmes, la polygamie y étant interdite). Devant le Tribunal, l’homme a dit qu’en réalité il a épousé trois femmes. Le tribunal l’a relâché car il était poursuivi pour bigamie et non trigamie ». Et Me Sombié de revenir au dossier du putsch.
    « Dans ce dossier, on parle d’un rapport qu’on oppose à mon client. Avez-vous eu à expertiser le téléphone de mon client?? », demande l’avocat.
  • Non, je n’ai pas expertisé son téléphone, répond l’expert.
  • On nous dit que nous aurions pu demander une contre-expertise mais à quoi bon quand l’objet de l’expertise n’a pas été expertisé. Le téléphone de mon client n’a pas été expertisé. Peut-être qu’on aurait trouvé des SMS qui prouvent sa participation à l’échec du putsch, ce qui lui a valu d’ailleurs sa décoration. On a là la transcription de SMS, ce n’est pas une expertise. Ce qui a été trouvé sur le téléphone du capitaine Zoumbri n’engage que le capitaine Zoumbri » opine Me Sombié avant de poursuivre son interrogatoire.
  • « Vous reconnaissez vous-même des possibilités d’erreurs dans votre travail ? »
  • « Je suis un humain, il y a une marge d’erreurs » reconnaît M. Sanfo
    -« Monsieur le président, veuillez noter que l’expert reconnaît que son travail n’est pas fiable  » interpelle l’avocat de la défense. Le juge Seydou Ouédraogo demande à Younoussa Sanfo de préciser ce qu’il entend par marge d’erreurs.
  • « La marge d’erreurs se trouve dans le contenu sémantique des sms. Le programme informatique que j’ai utilisé et auquel j’ai appris à reconnaître certains mots sur la base de la période et des personnes impliquées peut faire des erreurs. Des sms peuvent avoir un lien avec l’affaire, mais je ne les aurais pas par exemple », développe l’expert.
    L’expertise du téléphone d’un criminel peut lui être opposé mais l’expertise du téléphone d’un autre ne peut lui être opposé, fait remarquer Me Sombié insistant sur le fait que son client a été décoré pour sa participation à l’échec de l’infraction.
  • « Vous dites que vous n’avez jamais vu mon client juste ce qu’il vienne chez vous. C’était au bureau ou à domicile?? », questionne de nouveau l’avocat
  • À domicile
  • c’était à quelle heure??
  • Entre l’après-midi et le soir
  • c’est vague?!
  • Je ne me rappelle pas.
    Me Sombié cherche à savoir si son client a été reçu dans le salon
  • non sur ma terrasse indique l’expert qui doit revenir sur le contenu de leur entrevue et sur celle du 06 avril avec les juges.
  • Pourquoi êtes-vous allé le voir au ministère de la défense ?, continue l’avocat de la défense
  • je ne l’ai jamais vu, insiste l’expert
  • vous n’y êtes jamais allé pour régler le problème de règlement de votre facture?? Persiste Me Sombié
  • jamais, ce n’était pas le règlement le problème mais que ce soit signé?!
  • Vous n’êtes jamais allé??, répète Me Mamadou Sombié
  • vous pensez que le nombre de fois de la question va varier ma réponse?? Fait remarquer Younoussa Sanfo dans un rire
  • oui
  • OK je ne l’ai pas vu.
    La parole est alors à Limon K. Jacques qui commence par réagir sur le fait que l’expert nie être venu le voir au ministère.
  •  » Je suis surpris?! Younoussa Sanfo est venu dans mon bureau au ministère de la défense. Mon secrétaire était présent. Il m’a dit : « Je viens de la présidence. Monsieur le Président m’envoie vous dire de faire monter le dossier « , explique l’accusé ajoutant que le colonel Sita Sangaré l’a appelé trente minutes après cet entretien et est ensuite venu le voir au bureau. Le SG du ministère de l’époque, le Colonel Moné est venu les trouver, précise-t-il.
    Quid de son passage au domicile de l’expert ?
  • « Je suis surpris, je ne connaissais même pas sa maison. La première fois que je suis allé chez lui, c’est le colonel Sita qui m’y a emmené. Et je ne suis pas rentré. Je suis resté à côté de la voiture. C’est le Colonel qui est entré et je ne sais pas ce qu’ils se sont dit. C’est quand ils sont sorti, que le colonel lui a demandé d’après mon cas. Il a dit: moi j’ai donné le dossier au juge Ouédraogo, ce n’est plus mon affaire » explique Limon K. Jacques.
  • « Je suis surpris?! »répète-t-il élevant le ton. Le juge lui demande de la modération.
  • Me Sombié veut poursuivre son interrogatoire mais le parquet demande la parole. « Nous ne sommes pas contre la manifestation de la vérité mais il faut recadrer le débat. Pour les questions de passation de marchés, vous êtes totalement incompétents. S’il y a eu corruption ou dessous de table, c’est du ressort de la Cour des comptes et de l’ASCE. », observe le procureur militaire Alioune Zanre qui rappelle l’article 168 du Code de procédure pénale qui est la base de l’intervention de l’expert. Pour lui, il faut opiner sur le fait que l’expert a forgé des sms ou pas.
  • « Il aurait dû me laisser continuer » reprend Me Sombié brandissant une lettre du directeur de la justice militaire datant du 8 octobre 2015 dans laquelle le colonel Sita Sangaré indique la nécessité d’acquisition de matériels pour l’expert. Est-ce que les 347 millions de FCFA ont servis à l’acquisition de matériel ou pas ? C’est de ça qu’il s’agit selon l’avocat de la défense.
  • Me Hervé Kam qui a ensuite la parole, est du même avis que le parquet. Il relève le « caractère malsain de cette défense qui vise à jeter l’expert en pâture ». « C’est une défense malsaine. Des experts hésiteront peut-être demain si les honoraires sont dévoilés » s’indigne l’avocat de la partie civile. Son intervention indigne Me Zaliatou Aouoba de la défense :

« De quel droit?? Au nom de qui?? Au nom de quoi Me Kam qualifie les propos de la défense de malsaines?? Pourquoi on veut se mettre à votre place Monsieur le Président?? Personne n’a parlé de l’armée. On parle de l’expertise de Monsieur Sanfo. Qu’on ne nous dénie pas ce droit. Les mots indécent et malsain ont été utilisés. Je m’insurge contre cela?! Si l’intervention d’une partie n’est pas appropriée, il vous est loisible de le dire Monsieur le président. »

Le juge Seydou Ouedraogo rappelle à l’expert les termes de son serment lui indiquant qu’il est libre de ne pas répondre à certaines questions.
La parole est à nouveau à Me Mamadou Sombié.
« Ils ont eu ce qu’ils voulaient c’est-à-dire refroidir mes ardeurs mais je leur donne rendez-vous à ma plaidoirie » se contente d’observer l’avocat de la défense mettant fin à son intervention.

Son client lui a tout de même deux mots à dire avant de rejoindre sa place. « Me Kam a dit sur le plateau de Bf1 que la complicité de Limon Jacques est avérée. De quel droit?? Moi Limon K. Jacques, j’ai fait l’objet de dénonciation calomnieuse. La base de mon implication c’est ce marché et ce détournement de 153 millions de FCFA » affirme-t-il avant de quitter la barre non sans avoir récupéré son béret.

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