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FESPACO : « Hakilitan, mémoire en fuite » : quand le cinéma parle de cinéma

Le Burkinabè Issiaka Konaté est en lice pour l’Etalon d’or de Yennenga avec le film intitulé « Hakilitan, mémoire en fuite ». Elise Cannuel propose son regard critique.

Dès la première image, une bande magnétique de bobine filmée en gros plan, on l’a compris : c’est du cinéma qui parle de cinéma, qui s’interroge lui-même. Un personnage regardé sur un écran par un autre, lui-même regardé par un troisième, c’est la double mise en abyme au début de ce film qui s’intéresse à la mémoire du cinéma, sa conservation et sa transmission. « Hakilitan, mémoire en fuite », c’est d’abord l’histoire d’un désastre : l’inondation de la Cinémathèque africaine en 2009 à Ouagadougou dont on voit des images tout au long du film. Les anciens, comme Gaston Kaboré, s’expriment pour dire leur désarroi, autant de paroles de sagesse qu’on apprécie d’entendre.

Ces images d’archives émaillent l’histoire du personnage principal, professeur de cinéma qui enseigne dans la cour en chantier du FESPACO. Il consulte des ouvrages, regarde des images, prend des notes, il est lui-même la métaphore de la transmission à la nouvelle génération, une génération porteuse d’espoir malgré tout ce qui est perdu. Voici pour le premier récit, lisible et il est vrai important, qu’on a saisi dès les 20 premières minutes. On note ainsi des longueurs et les ficelles du récit sont grosses comme des bandes magnétiques. Les effets sont très nombreux, c’est presque tout ce que la technologie permet jusqu’à littéralement nous renverser la tête mais encore une fois le propos est honorable, les idées sont intéressantes. Le second récit qui se superpose est décousu, mystique, symbolique. Ce même personnage, perdu, comme devenu fou, cherche à reconstituer les bribes de son histoire tout comme le spectateur, lui cherche à y comprendre quelque chose. Cet homme, le professeur, semble finalement exorciser ses démons par un mariage. La rédemption, pour Issiaka Konaté, c’est la création, la danse, la peinture bien présentes dans cette œuvre, bien sûr le cinéma, ce qu’on peut reconstruire et construire de nouveau, c’est connaître son passé pour créer l’avenir, prendre la parole, un nouvel élan, retrouver la mémoire, ne plus être « hakilitan ».

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