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FESPACO : « Desrances », être garçon ou fille, être d’ici ou d’ailleurs

La Burkinabè Apolline Traoré est en lice pour l’Etalon d’or de Yennenga avec le film intitulé « Desrances ». Elise Cannuel propose son regard critique.

Elle crève l’écran, cette jeune actrice, Jemima Naomi Nemlin, elle joue plus juste que les autres acteurs du film. Son personnage, Haïla, 12 ans, est celui qui s’en sort le mieux dans ce contexte de crise ivoirienne. A travers Abidjan, elle arrive à déjouer les barrages, sauve son père deux fois, ne manque jamais de courage ni de lucidité. Mais elle est une petite fille et aux yeux de son père, ce n’est pas ce qu’il fallait. Sa femme est enceinte d’un garçon et il s’écrit : « tu ne vas pas me dire qu’un garçon, c’est pareil qu’une fille » ! Il veut léguer son nom, Desrances, et explique à sa petite fille qu’elle ne pourra pas garder ce nom-là. « Alors je ne me marierai pas », répond-elle. Et plus tard dans l’histoire, elle s’exclame : « tu ne m’aimes pas parce que je suis une fille » ! Finalement son père comprendra qu’il vaut mieux avoir une fille bien vivante qu’un fils disparu et ce seront les dernières paroles du personnage dans ce récit de violence, d’angoisse et de quête : « c’est ma fille ! c’est ma fille » ! Desrances, c’est un nom haïtien, ce sont les souvenirs tenaces de la guerre qui ressurgissent à la faveur de la crise post-électorale. La problématique de la xénophobie est abordée. Le film pose ainsi des questions importantes, ces questions identitaires : être garçon, être fille, être d’ici, d’ailleurs, d’Afrique, d’Haïti. Et suffit-il d’être né en Côte d’Ivoire pour être ivoirien ? C’est finalement un récit d’humanité et d’amour, un récit féministe, émouvant, convaincant. Etalon d’or de Yennenga, peut-être, peut-être pas, l’histoire tarde à se dénouer mais une chose est sûre : Haïla, du haut de ses 12 ans, est elle-même une petite princesse Yennenga.

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