Home > Culture > BISO, Biennale Internationale de Sculpture de Ouagadougou : des sculpteurs africains osent inventer l’avenir

BISO, Biennale Internationale de Sculpture de Ouagadougou : des sculpteurs africains osent inventer l’avenir

A l’Institut Français, 17 jeunes sculpteurs exposent des œuvres créées en résidence au Burkina Faso selon un thème emprunté à Thomas Sankara : « Oser inventer l’avenir ». Ils viennent de tout le continent africain et se sont inspirés des matériaux et techniques des artisans burkinabè. Visite avec Elise Cannuel.

Pneus, chaussures, bidons, fil d’or, perles, bois, bronze, autant de matières et de couleurs pour ces œuvres et installations exposées dans la rotonde de l’Institut Français de Ouagadougou. L’espace est un peu restreint pour des œuvres aussi nombreuses. Certaines s’imposent, d’autres demandent à être approchées et interrogées. A droite, une femme massive, en bidons de plastique, à gauche, la statue grandeur nature d’un enfant accroupi, couleur bleu roi, il regarde fixement le visiteur, avec l’air de demander des comptes.

Au fond de la salle, la statuaire africaine est détournée et renouvelée à travers le travail de Thiemoko Diarra, artiste belgo-malien, qui mêle deux univers : « un univers médical, qui relève un peu du cabinet de curiosité, et un travail sur l’animisme habitent toutes ces sculptures » explique-t-il. Ces statuettes africaines semblent blessées, leurs plaies sont pansées par l’artiste : « ça fait aussi référence à toutes les œuvres qui ont été volées », précise l’artiste.

L’idée de métissage est peut-être le trait commun de toutes ces propositions artistiques. Avec Dimitri Fagbohoun, béninois par son père et ukrainien par sa mère, « le postulat était de travailler avec les artisans locaux et de confronter nos regards et nos pratiques avec ce qui se fait ici… C’est intéressant aussi de confronter la même forme à des matériaux différents ». Il propose une installation qui associe des sculptures de pneu et de bronze, un masque recouvert d’or, référence au sculpteur roumain Brancusi lui-même inspiré par l’art africain. L’installation comprend aussi une sculpture en cheveux, « c’est une autre folie », sourit-il.

Quant au Congolais Beau Disundi, il est venu au Burkina avec sa propre technique, l’utilisation du carton qu’il tient de ses études d’architecture mais il a appris d’autres manières de travailler : « je travaillais le bronze, j’avais ma technique, je suis venu ici et j’ai trouvé différentes techniques. Normalement, je devais faire une pièce de 60 centimètres, et lorsque je suis arrivé, j’ai vu cette ambiance, je me suis dit, je dois me défouler, il y a quelque chose qui doit sortir ! »

L’œuvre du Congolais, toute en verticalité et fragilité, côtoie celle de la Marocaine Ghizlane Sahli, pour il s’agissait de « traiter un sujet universel. Du coup, le corps humain est apparu comme une évidence », indique-t-elle. Elle propose une œuvre d’une série intitulée « histoire de tripes », montrant la possible délicatesse des viscères, déclinées en couleurs pourpre et or, s’étalant au regard du visiteur.

A quelques mètres de là, c’est le drame vécu par les populations du Burkina et du Mali qu’a voulu évoquer Issouf Diero, l’un des artistes burkinabè de cette biennale. Il propose un grand panneau de pneus découpés et de chaussures usagées, dédié à ceux qui ont marché longtemps : « cela s’appelle Déplacés. Les jeunes se déplacent. La famille se déplace. Le village se déplace. Je ne peux pas faire semblant de ne pas comprendre ce qu’il se passe ».

Le Président d’honneur de la Biennale, le sculpteur burkinabè Siriki Ky, apprécie : « il y a une diversité dans les supports, une originalité dans la recherche plastique, un franc dialogue entre les œuvres, je pense que les gars vont bien apprécier ».

L’exposition de la Biennale Internationale de Sculpture de Ouagadougou est à voir jusqu’au 15 octobre à l’Institut Français.

Elise Cannuel

Laisser un commentaire